La scène créative diasporique de Montréal a le vent en poupe : voici qui en sont les acteurs clés
Beaucoup de choses se sont construites à Montréal sans trop de tambours ni de trompettes. Ce n’est pas une tendance, ni une scène avec un nom, pas encore. C’est plutôt une génération d’artistes, de designers et de musiciens d’origine haïtienne, caribéenne et d’une diaspora plus large qui ont grandi ici et qui, maintenant, créent des œuvres qui commencent à se faire remarquer au-delà des frontières de cette ville.
Cela ne s’est pas produit grâce à une seule institution. Cela s’est produit parce que les gens ont continué quand l’argent manquait, se sont trouvés à travers différentes disciplines et ont construit ce dont ils avaient besoin lorsque l’infrastructure existante n’avait pas de place pour eux. Cet article donne quelques noms à ce travail. Ce n’est pas une liste complète. Cette liste est beaucoup plus longue.
Richardson Zéphir
Richardson Zéphir peint des figures. L’œuvre est formellement rigoureuse, ancrée dans les traditions figuratives noires, et réalisée à Montréal, une combinaison moins courante ici qu’elle ne le devrait. Ses toiles ont une cohérence de vision difficile à manquer : vous en voyez une et vous savez exactement qui l’a faite. L’origine haïtiano-canadienne n’est pas une décoration dans l’œuvre ; elle se manifeste dans la façon dont les figures sont éclairées, dont l’espace est composé, dans ce que les peintures semblent viser.
Son travail a été exposé localement et accumule une attention critique à un rythme qui tend à s’intensifier. Il est à un point de sa carrière où la trajectoire est claire, même si la reconnaissance plus large n’est pas encore pleinement arrivée.
Josh Doiron
Josh Doiron est un producteur et concepteur sonore qui a fait partie de l’infrastructure musicale indépendante de Montréal d’une manière qui n’apparaît pas toujours dans la couverture médiatique. Ce sont le genre de contributions que les autres artistes reconnaissent avant les critiques. Son son est difficile à classer clairement : il contient des textures caribéennes, une structure électronique, quelque chose qui semble provenir d’une enfance entre deux cadres culturels et qui construit un langage à partir de l’espace entre eux.
C’est le genre de personne dont dépend une scène, non seulement pour sa propre production, mais aussi pour ce qu’il rend possible pour les gens qui l’entourent. Si vous avez entendu quelque chose d’intéressant de Montréal ces dernières années et que vous vous êtes demandé qui était présent au niveau de la production, son nom apparaît.
Emmanuella Paul
Emmanuella Paul est une designer de mode montréalaise dont l’approche de la construction s’oppose à la plupart des idées reçues sur l’aspect du travail indépendant lié au streetwear. Ses vêtements sont techniquement sérieux : coupés selon des patrons, construits avec le genre d’attention aux détails que l’on attendrait d’une entreprise beaucoup plus grande. L’esthétique est précise sans être froide.
Ce qui mérite d’être souligné, c’est la manière dont son travail rejette l’idée que « accessible » et « peu ambitieux » signifient la même chose. Elle crée des vêtements pour de vrais corps, dans de vrais contextes, avec un véritable contrôle qualité. Cette combinaison est plus rare dans le milieu de la mode indépendante de cette ville qu’elle ne devrait l’être.
Claudia Laurin Désir
Claudia Laurin Désir travaille la peinture et les techniques mixtes. Son œuvre puise dans la culture visuelle haïtienne et la réinvente en quelque chose qui se veut contemporain, sans pour autant aplanir le matériau source pour le rendre plus accessible. Les références sont là. Elles ne sont pas lissées.
Elle a participé à des expositions collectives à travers la ville et en est à un point où son travail s’oriente clairement vers une perspective distincte. C’est le genre d’artiste à suivre dès maintenant, avant que l’attention des galeries ne rende son CV plus long que ce paragraphe.
Adler Guerrier
La pratique d’Adler Guerrier est principalement basée à Miami, mais tout compte rendu honnête de la scène artistique haïtiano-canadienne de Montréal doit le mentionner. Il est un point de référence, un artiste qui a montré très tôt qu’un travail enraciné dans l’expérience de la diaspora pouvait être rigoureux, positionné internationalement et sans compromis, tout à la fois. La génération de créateurs montréalais de la diaspora qui travaillent aujourd’hui a hérité d’un contexte plus large que sa carrière a contribué à bâtir.
Le problème des infrastructures
Ce qui relie ces personnes, ce n’est pas seulement leur origine. C’est une expérience partagée de construction de leurs propres systèmes parce que les systèmes existants n’étaient pas faits pour eux. Les galeries, les labels, les subventions, les plateformes : ils étaient faits pour autre chose. La réponse a été des collectifs, des sorties indépendantes, des projets autofinancés, de la documentation communautaire.
C’est en partie ce qui donne à la scène créative de la diaspora montréalaise sa texture. Elle n’est pas aussi polie que les scènes qui bénéficient d’un soutien institutionnel. Elle est vivante d’une autre manière, plus désordonnée, avec plus d’enjeux, plus réelle.
La question ouverte est de savoir si cette vitalité sera soutenue avant que les personnes derrière elle ne partent. Toronto, New York, Paris : ces villes attirent les gens. Montréal produit des talents et les regarde ensuite se faire revendiquer ailleurs une fois que le travail est reconnu. C’est un schéma qui dure depuis longtemps.
Mais la densité de personnes qui font un travail sérieux ici en ce moment est plus élevée qu’elle ne l’a jamais été. La question de savoir si les infrastructures suivront reste ouverte.
Sur Blem
Blem a été construit dans ce même contexte. Chaque pièce est coupée sur mesure, cousue selon des mesures exactes, avec un langage visuel (les ailes, les étoiles) qui fait plus que décorer. La marque repose sur l’idée que ce que vous portez peut être une façon de revendiquer un espace, pas seulement de le remplir.
Paul, le fondateur de la marque, ne décrit pas cette scène de l’extérieur. Il en fait partie. Les collaborations avec des artistes et des musiciens locaux ne sont pas des partenariats marketing. Elles sont la marque qui fait ce pour quoi elle a été créée : soutenir le travail qui se fait déjà et s’assurer qu’il ne reste pas sans documentation.
Blem est une marque montréalaise construite sur l’héritage haïtiano-canadien et la culture créative de cette ville. Plus d’informations sur blem.ca